Crédit à la consommation : savoir en déjouer les pièges.

S’acheter une voiture, faire des travaux, alléger ses charges… Le crédit à la consommation a toujours autant de succès. S’il est une bonne solution pour certains, il peut aussi mener au surendettement. Décryptage.

Carte option crédit, prêts travaux, auto ou perso, et même crédit naissance : derrière toutes ces appellations commerciales, qui embrouillent vite le consommateur, se cache un seul et même emprunt, le crédit à la consommation. Après un net essoufflement durant la pandémie de Covid-19, confinement oblige, le recours à cet outil de financement est reparti de plus belle. En janvier 2024, la production atteint 48 milliards d’euros rien que dans les établissements spécialisés, soit +13,7 % par rapport à 2019.

« Le crédit à la consommation croît de façon assez soutenue et continue en France depuis 1993, année où nous avons commencé à agréger les données, informe Emmanuel Point, chef du service des statistiques européennes de la Banque de France. Pour l’instant, nous ne voyons pas réellement l’impact de l’inflation sur leur souscription. » D’un mois sur l’autre, l’encours total n’augmente en effet que de 2 %. Mais ces chiffres ne prennent pas en compte le paiement fractionné, sorte de microcrédit, dont l’utilisation explose. Zoom sur ses différentes formules, à consommer… avec modération !

5 familles de crédits :

Il existe un seul type d’emprunt, mais plusieurs sous-catégories, avec leurs spécificités. Il n’est donc pas toujours évident de s’y retrouver dans la jungle des offres. Le crédit à la consommation permet d’acheter des meubles, une voiture, de l’électroménager, de faire des travaux ou tout simplement de partir en voyage, voire de renflouer sa trésorerie. Il peut être souscrit dans des établissements spécialisés (Cofinoga, Cetelem, Sofinco…) ou auprès des banques traditionnelles, pour des sommes allant de 150 à 75 000 €. Même si ce dernier montant est assez élevé, un tel crédit n’est pas destiné à l’achat d’un bien immobilier.

Difficile de connaître précisément l’endettement moyen des particuliers en la matière. La Fédération bancaire française (FBF) ne le chiffre pas, et les courtiers, eux, s’en tiennent évidemment à leur base (12 400 € en moyenne chez Empruntis, 8 500 € chez Meilleurtaux). Autre caractéristique : si la loi n’impose pas de durée maximale, dans les faits, le crédit à la consommation est fréquemment lié à un délai de remboursement plus court qu’en immobilier, en général 60 mois (soit 5 ans). Il peut être classé en 5 grandes catégories. Les voici :

 1 – Le compte courant débiteur

On a tendance à l’oublier : le découvert autorisé par un établissement n’est pas un droit, mais bien un crédit ! La Banque de France le comptabilise d’ailleurs dans l’encours total du prêt à la consommation. Lorsqu’un compte présente un solde négatif, son titulaire paye des agios, qui sont ni plus ni moins des intérêts… élevés ! Actuellement, le taux varie entre 12 % et 20 %, selon les banques et les contrats. L’autorisation de découvert est souvent incluse dans les packages qui sont proposés par votre conseiller. La convention doit préciser la somme, mais aussi le taux d’intérêt et les modalités de remboursement. En cas de dépassement du montant autorisé, les agios ponctionnés grimpent. S’ajoute, en sus, une commission d’intervention qui ne peut excéder 8 € par opération et 80 € par mois.

 2 Le crédit affecté

Comme son nom l’indique, il s’agit d’un prêt destiné au financement d’un seul projet, bien précis – le plus souvent, l’achat d’un véhicule ou la réalisation de travaux. Il n’est pas nécessaire de passer par sa propre banque, mais cela peut toutefois s’avérer plus intéressant. « Le taux d’intérêt est censé être un peu moins élevé qu’en cas de simple prêt personnel », informe Maël Bernier, porte-parole du courtier Meilleurtaux. Dans les faits, il n’en va pas toujours ainsi, et il ne faut pas hésiter à négocier. Autre aspect positif : le remboursement ne débute qu’à la réception du bien ou service pour lequel l’emprunt est souscrit. S’il n’est pas livré, l’opération est annulée. Cependant, ce type de produit présente un inconvénient de taille : vous pouvez être coincé lors de la revente ! La problématique se pose particulièrement pour les véhicules. Selon l’organisme choisi, ce prêt affecté s’accompagne parfois de la mise en gage de la voiture. Dans ce cas, la vendre est impossible tant que le remboursement total n’a pas été effectué puisque, légalement, c’est l’établissement prêteur qui en demeure le propriétaire. N’hésitez pas à négocier cet aspect en amont avec la banque.

 3 – Le prêt personnel

Ce type de crédit n’est pas destiné à financer un achat en particulier. Les sommes empruntées peuvent être utilisées librement, et la banque n’a pas à connaître ce que vous en faites. En contrepartie, le taux proposé se révèle assez élevé, sauf à bénéficier d’une opération d’appel, mais alors l’acquittement est généralement limité à un an. « Les prêts personnels représentent une large partie – près de 50 % – des crédits à la consommation », commente Emmanuel Point. « Ce sont les plus demandés, et ils tendent à augmenter, ce qui dénote un besoin de trésorerie, confirme Maël Bernier. L’année 2023 a d’ailleurs été marquée par l’arrivée sur ce type de crédits de foyers plus aisés, aux revenus supérieurs à 4 300 € par mois. »

Le remboursement par anticipation est toujours possible. Attention cependant : une indemnité spécifique risque de vous être réclamée par l’établissement prêteur si la somme empruntée est supérieure à 10 000 € ! Elle ne peut pas dépasser 0,5 % du montant du crédit restant en cas de remboursement anticipé intervenant moins d’un an avant la date de fin initiale. Autrement, elle est limitée à 1 %, ce qui peut représenter un coût non négligeable. Par exemple, elle atteindra 60 € pour un remboursement anticipé de 6 000 € sur 11 000 € empruntés.

 Avec ou sans assurance ?  L’assurance emprunteur pour le crédit à la consommation n’est pas obligatoire, mais elle peut s’avérer judicieuse pour de grosses sommes. Elle couvre le décès, la maladie, l’invalidité et, éventuellement, la perte d’emploi.

 4 – Le crédit renouvelable

Ce type de prêt est particulièrement piégeux ! La somme empruntée se reconstitue au fur et à mesure de son utilisation, de sorte qu’il dure parfois longtemps… Certes, un montant maximal autorisé est fixé en amont mais, une fois le crédit accordé, vous y piochez à votre gré sans l’aval de la banque. La totalité de la somme peut être employée immédiatement ou dépensée petit à petit, ce qui fait bouger vos mensualités. Vous avez aussi la possibilité de retirer des espèces ou d’effectuer des règlements en magasin, car vous disposez souvent d’une carte de paiement (délivrée par une enseigne de la grande distribution).

Les distributeurs de crédits renouvelables mettent en avant la souplesse du dispositif pour attirer les consommateurs. Mais son côté obscur réside dans ses taux d’intérêt faramineux. Pour un emprunt de 8 000 € à la Banque populaire, par exemple, le taux annuel effectif global (TAEG) imposé est de… 22 % ! La même banque propose, avec un prêt classique amortissable, un taux de 7,5 % sur 60 mois. Rien à voir ! Avec la loi Lagarde du 1er juillet 2010, des garde-fous ont été instaurés pour éviter le surendettement. Il n’est d’abord plus question de multiplier les appellations ; c’en est fini des crédits dits « revolving », « reconstituables », permanents ou encore de la réserve d’argent, qui entraînait de gros risques de confusion. Ce produit doit obligatoirement être nommé « crédit renouvelable ». Ensuite, il ne peut plus être proposé par défaut via les cartes de paiement. Le client est tenu de sélectionner l’option dédiée, une façon de le faire réfléchir avant d’agir. Enfin, « pour un crédit de plus de 1 000 €, l’organisme est obligé de proposer, en alternative, un prêt personnel amortissable », précise Maël Bernier.

Malgré tout, le crédit renouvelable a fait son grand retour après le covid. En 2022, son encours a bondi de près de 15 % sur un an ! Depuis, il tend à se stabiliser, mais gagne encore quelques points (+ 1,5 % en janvier 2024 par rapport à janvier 2023, selon l’Association française des sociétés financières). 

Bon à savoir : Un crédit renouvelable inactif pendant toute une année est suspendu, puis résilié un an plus tard s’il n’est pas réactivé.

 5 – Le mini-crédit

Depuis quelque temps, se développe un marché parallèle au crédit à la consommation classique, celui du mini-crédit. En quelques clics sur Internet, vous pouvez obtenir de 100 à 6 000 € de versement selon les plateformes, sans justificatif. Ce service a d’abord été lancé par des pure player du Web : Floa, Money-bounce, Younited… mais les banques traditionnelles s’y mettent, comme avec l’offre Flex ou la BNP Paribas avec son Coup de pouce (derrière lequel se cache encore Floa). Cela peut être très tentant, surtout lorsque l’on éprouve des difficultés à payer ses charges. Mais attention, les délais de remboursement sont courts, en trois à quatre échéances seulement. De plus, le taux d’intérêt est très élevé, autour de 20 %. S’ajoutent des frais si vous souhaitez toucher l’avance sous 24 heures : à BNP Paribas, par exemple, il vous sera facturé 0,01 € jusqu’à 200 € de prêt, 0,30 € jusqu’à 500 € et 1 € au-delà. 

La souplesse se paye cash. « Le risque est de tomber dans l’engrenage de ces mini-crédits faciles, ou encore du paiement en plusieurs fois, alerte Hélène Arveiller, directrice adjointe des services aux particuliers à la Banque de France. Ce type de petits prêts est en train de prendre le pas sur feu le crédit revolving. »

 Les dangers du paiement fractionné : Acheter maintenant, régler plus tard. Cette facilité de caisse fait partie du quotidien des Français, parmi lesquels 7 sur 10 ont déjà eu recours au paiement fractionné, selon le dernier baromètre Floa-Kantar sur les évolutions des usages de paiement en Europe. Près de la moitié des consommateurs (44 %) l’ont même mis en œuvre plus de 8 fois par an ! Ce système, qui consiste à régler en 3 ou 4 fois sans frais, s’est propagé de la grande distribution à Internet. Il peut, pour certains, devenir un véritable outil de gestion du budget, à l’instar du crédit à la consommation lui-même. Mais attention ! Trop employé, il se révèle préjudiciable pour qui tient mal ses comptes…

Des taux très variables

Traditionnellement plus chers que les emprunts immobiliers, les crédits à la consommation sont « très sensibles aux taux monétaires, explique notre interlocuteur à la Banque de France, Emmanuel Point. Ils avaient donc énormément baissé avant 2022, avant de subir eux aussi une forte remontée. » L’année dernière, ils ont ainsi augmenté de 70 points de base selon le courtier Empruntis, portant le taux moyen à 6,6 %. Reste que pour une même somme empruntée, ils varient beaucoup d’un établissement à l’autre. Selon nos simulations (lire tableau), le taux proposé pour un crédit de 5 000 € varie de 6 % à peine à plus de 13,5 % !

Le taux plafonné par la loi – dit « d’usure » – se monte à 22,32 % pour les crédits de moins de 3 000 €, à 13,6 % pour ceux de 3 000 € à 6 000 € et à 7,75 % pour les emprunts plus élevés (plafonds au 1er avril 2024). Au-delà de ce taux nominal, il faut regarder de près le taux annuel effectif global (TAEG), qui prend en compte la totalité des frais occasionnés par un prêt. Ce dernier détermine le montant total dû. « Chaque banque possède ses propres critères d’attribution des taux, ce qui explique les écarts significatifs. Un dossier peut même être refusé dans l’une et accepté dans l’autre, remarque Cécile Roquelaure, porte-parole du courtier Empruntis. Pour décrocher un crédit à la consommation intéressant, il faut vraiment les mettre en concurrence ! »

Gare au surendettement !  Sur les quatre premiers mois de 2024, le nombre de dépôts de dossiers de surendettement progresse de 16 % par rapport à la même période en 2023. L’an dernier, 121 617 foyers ont demandé l’effacement de leurs dettes. « Dans 72 % des affaires, nous trouvons des crédits à la consommation, avec une nette majorité de crédits personnels, révèle Hélène Arveiller, directrice adjointe des services aux particuliers à la Banque de France. Les débiteurs cumulent aussi des dettes immobilières et des difficultés face aux charges courantes ». Ces dernières flambent à cause de l’inflation. Le montant médian des dossiers, hors immobilier, est de 16 898 €. Pauline Dujardin, juriste et porte-parole de la fédération Crésus, qui aide les personnes en difficulté, tient à nuancer : « Les chiffres de la Banque de France ne reflètent pas les problèmes financiers réels des clients, car pour déposer un dossier de surendettement, il faut être proactif. On doit aussi regarder le fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP), où les chiffres sont en hausse. » En 2023, plus de 2,1 millions de Français y étaient inscrits.

Cas pratique :

Ne zappez pas vos droits

Le crédit à la consommation est très encadré (art. L. 312-1 et suivants du Code de la consommation). L’établissement prêteur est tenu de vérifier votre solvabilité, à savoir votre capacité à rembourser le prêt et donc à payer à vos mensualités. Vous devez ainsi préciser vos revenus et vos charges. Le prêteur vous remet ensuite une fiche d’information précontractuelle, comportant divers éléments : le type de crédit, la somme empruntée et le montant total dû (incluant les intérêts), le taux nominal et le taux annuel effectif global (TAEG), les mensualités (ou échéances), les indemnités réclamées en cas de retard de paiement… Chaque versement mensuel comprend un montant de remboursement de capital, les intérêts et les frais d’assurance – si vous avez pris cette option. Ce dispositif définit le crédit amortissable (à la différence du renouvelable). Un tableau d’amortissement (ou échéancier de remboursement) doit indiquer toutes les mensualités, de même que le montant global de chaque échéance. Enfin, vous disposez d’un droit de rétractation de 14 jours calendaires à compter de la signature de l’offre de prêt.

La LOA, un vrai casse-tête

La location avec option d’achat (LOA) a le vent en poupe. Ce crédit à la consommation atypique représente 87 % des financements de véhicules neufs, et 28 % du marché de l’occasion (1). Il s’agit d’une formule de location à durée déterminée (le plus souvent de 3 ans), assortie d’un taux d’intérêt. Durant cette période, vous payez l’assurance, les réparations et les éventuelles contraventions. À son terme, vous pouvez acheter la voiture, dont le prix est fixé à la signature du contrat.

Difficile d’évaluer le coût

La LOA est attrayante pour qui souhaite changer souvent de véhicule et s’affranchir des contraintes de la revente. Autre avantage, les mensualités intègrent en général les frais d’entretien, voire une assurance dépannage (cela allège l’assurance contractée par ailleurs). Et le souscripteur bénéficie d’un délai de rétractation de 14 jours. Mais attention, évaluer le coût d’une LOA reste complexe. Il n’y a pas d’indication de taux annuel effectif global (TAEG), ce qui rend impossible la comparaison avec une offre de crédit classique. Il faut additionner plusieurs frais pour connaître son coût réel : l’apport, ou premier loyer (de 0 à 30 % du prix du bien), le dépôt de garanti éventuel (15 % maximum du prix), le montant des loyers (ou échéances mensuelles), le dernier loyer ou la valeur de rachat à la fin du contrat, mais aussi l’assurance.

Il est vivement conseillé (et parfois imposé) d’en souscrire une tous-risques, à laquelle il faut ajouter une garantie « valeur de rachat » ou « perte totale » pour couvrir la destruction ou le vol du véhicule. L’assurance est plus chère qu’avec un mode d’acquisition alternatif. Autre contrainte : respecter le kilométrage fixé dans le contrat, sous peine d’être facturé en sus ! À l’issue de la LOA, soit vous rendez le véhicule, soit vous le rachetez en payant le dernier loyer. Dans le premier cas, la voiture doit être en très bon état, sans rayures ni bosses, sinon vous réglerez la réparation. Il est aussi possible d’arrêter une LOA avant son échéance, mais les conditions changent selon les contrats. En général, vous pouvez rompre le leasing après 12 mois en rendant le véhicule, ou l’acheter par anticipation (on recalcule alors le dernier loyer). En novembre 2026, la LOA deviendra un crédit à la consommation classique dont le TAEG devra être précisé.

Bon à savoir : Ne confondez pas la LOA avec la location longue durée (LLD) ! Cette dernière ne permet pas d’acquérir le bien à l’échéance. En pratique, cette formule est davantage proposée pour un usage professionnel.

 

(1) Chiffres 2023 de l’Association française des sociétés financières (ASF).

Pour marque-pages : Permaliens.

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